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Anna Lehespalu

Stay Home, Go out
22 octobre 2022 – 12 février 2023

Parc du Centre d’art contemporain
de la Matmut - Daniel Havis

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Voyage intérieur

La rencontre avec les images d’Anna Lehespalu s’est opérée via Instagram. Comme beaucoup de photographes de sa génération, elle adopte ce réseau pour diffuser son travail. L’artiste nous entraîne ainsi dans son aventure dont on devine qu’elle se joue au sein des pays nordiques, mais sans que l’on sache de quel(s) territoire(s) il s’agit exactement. La diversité des paysages et la richesse de la nature s’imposent au fil de ses publications ; quand ce ne sont pas des phénomènes atmosphériques qui occupent la scène et animent l’espace. Peu de détails permettent de se repérer d’un point de vue géographique, à tel point que le paysage se dévoile parfois à travers la vitre d’une fenêtre sur laquelle la pluie vient encore déranger ou rendre plus opaque la perception de la réalité. On l’aura compris, la photographie d’Anna Lehespalu ne repose en rien sur une intention documentaire, même si au gré des propos qui ont été échangés avec elle, il s’avère que sa vision s’est construite en Islande. Cette région la sollicite au moment où elle doit choisir entre rester en Estonie ou partir (« Stay home, go out »). Ainsi qu’elle le souligne elle-même, sa pratique ne s’appuie pas sur un projet raisonné, voire conceptuel ; tout s’opère par instinct, la fabrication de l’image répond à une intuition. Son expérience de la photographie, qui s’est récemment poursuivie au Groenland, est d’abord associée à une exploration intérieure. Le voyage dans le paysage, la rencontre avec la nature, la contemplation de tout ce qui se produit dans l’atmosphère obéissent à une quête personnelle, à une nécessité d’ordre psychologique : « Je témoigne de mes propres sentiments face à ce qui m’entoure, tout près de moi comme au milieu du paysage. Je m'intéresse à la façon dont notre état d’esprit et nos sentiments influent sur ce que nous voyons autour de nous et la façon dont nous percevons les choses ». Quant à la vidéo, elle vient ici compléter l’expérience de la photographie : cette fois, ce n’est plus l’opérateur qui se déplace, mais les éléments de la nature, l’eau en particulier, dont Anna Lehespalu filme le mouvement et l’accompagne d’une partition sonore.

G.B.

L’exposition d’Anna Lehespalu se déploie autour de la charreterie et sur les parois du bâtiment. Les photographies sont réparties sur quatre panneaux ; chacun d’eux constitue une séquence de quatre images associant un motif visuel particulier à un traitement plastique qui mêle couleur, lumière, matière, reflet et transparence. Les photographies ont été réalisées pour l’essentiel en Islande au cours de ces dernières années, mais le Groenland figure également dans cet ensemble, de même que se glisse la silhouette de l’artiste. Un montage de plusieurs séquences vidéo qui repose sur le thème de l’eau et rythmé par la musique du compositeur Luca D’Alberto (« Wait For Me ») est projeté sur l’une des parois de la charreterie en regard des photographies.

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Photographie : Marcio Vilela

Anna Lehespalu

est une artiste visuelle estonienne. Elle est née à Tallinn, en Estonie, le 22 novembre 1983. Elle a étudié le cinéma à la Baltic Film and Media School de Tallinn, de 2012 à 2014, puis à l'Escola Superior Artística do Porto, au Portugal, en 2015.

Elle a recours à la photographie et à la vidéo dans le cadre de sa pratique artistique. Elle a découvert que ces deux médiums pouvaient lui permettre de visualiser et de documenter ses émotions. Son processus de création est intuitif ; il l'aide à chercher et comprendre les manifestations de l'esprit humain, en particulier le sien. La musique a également une influence importante sur son travail.

« Les sentiments que nous éprouvons sont plus complexes que les mots que nous utilisons pour les décrire. Ce sont des processus internes intimes que nous expérimentons au fil du temps. Je souhaite voyager à travers mes propres émotions, les visualiser, et inspirer les autres en les invitant à traverser eux aussi leurs émotions. »

À partir de 2020, Anna Lehespalu passe beaucoup de temps dans les pays nordiques (Islande et Groenland), dont les paysages et l'isolement exercent une forte influence sur son travail. Son inspiration se nourrit de la nature et des constants changements atmosphériques. Elle a séjourné en Islande pour la première fois, de janvier à août 2020. À l'été 2021, à l’occasion d’une résidence artistique, elle retourne à Stodvarfjordur, dans l'est du pays. Une autre résidence artistique (Arctic Culture Lab), au cours de l’hiver 2022, lui permet de séjourner dans le village d'Oqaatsut, au Groenland.

Ses méthodes de travail et les deux médiums qu’elle utilise offrent une forme d’ambiguïté. Elle aime être libre dans le choix des formats et de son équipement, afin de pouvoir toujours donner la priorité au sentiment et à l'intuition.

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J'ai fait un rêve, celui de partir très loin, en direction du Nord. Au début, c'était un appel confus, qui émergeait au cours de mon sommeil, parmi d’autres rêves. L’intuition a quelque chose de magique : elle peut s’imposer à nous de manière brutale comme rester très vague. Mais mon rêve a pris de plus en plus d’ampleur au fur et à mesure du temps qui passait.

 

Que faire lorsque notre esprit est peuplé d'anxiété et de peurs ? Et si le monde extérieur semble être un endroit trop effrayant pour continuer d’y exister ? Se cacher à l'intérieur d'une maison semble plus sûr : il y a des murs solides qui nous protègent et des fenêtres pour regarder un peu à l'extérieur.  

 

J'ai continué à chercher où était ma place, où était ma maison. C'était toujours une question difficile. J'aime composer avec mes sentiments ; mon appareil photographique permet de les approcher dans ce qu’ils ont d’essentiel. De cette façon, je suis capable de les traduire en images avant qu'ils ne s'échappent.

 

Parfois, nous avons la chance de faire de nos rêves une réalité ; partie seule au loin, dans le Nord, j’ai changé dès que j'ai entrepris ce voyage et commencé à séjourner là-bas. La nature m'a prise dans ses bras, m'a secouée et même punie à certains moments ; elle a provoqué en moi une prise de conscience. Je me suis sentie si petite et si humble ; j'ai réalisé que j’appartenais à un monde gigantesque que mon esprit ne parvenait pas à cerner. Je l'ai accepté. Je me suis sentie aimée et j’ai senti que je guérissais. Je n'ai jamais autant appris qu’au milieu des tempêtes de l'Islande et dans le silence du Groenland.

J'ai trouvé ma maison dans les lumières du Nord.

Et pour vous, où se trouve-t-elle ?

Anna Lehespalu

Stay home, go out

(Rester chez soi ou partir)

Dialogue de l’eau avec la glace.

Oqaatsut, Groenland, mars 2022

La vie est une rivière.

Tu peux mettre ta main dans l'eau

mais tu ne peux jamais la retenir.

L'eau continue d'avancer et de couler entre tes doigts.

 

Mouvement continu et éternel comme le souffle dans le corps qui ne s'arrête jamais.

L'eau enfermée dans la glace, comme les émotions enfermées dans la forteresse du corps.

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© Arnaud Bertereau